Êtres chers

Une personne que j'aime pourrait vouloir faire une détransition

Ai-je eu tort de soutenir sa transition ?

Si une personne que vous aimez envisage de détransitionner ou a détransitionné, en particulier s'il s'agit de votre enfant, vous pouvez vous demander si vous n'avez pas eu tort de soutenir sa transition. Vous vous sentez peut-être affecté·e par les regrets potentiels ou les conséquences durables sur sa vie, et vous vous demandez si vous auriez pu empêcher que cela ne se produise. Ces sentiments sont valables et compréhensibles. Les parents et les proches peuvent avoir besoin d'aide pour gérer leurs propres regrets ou sentiments complexes.

À l'heure actuelle, aucune donnée ne vient étayer l'idée que les proches pourraient jouer un rôle dans la prévention des regrets liés à une future transition. Les facteurs associés aux regrets sont très peu étudiés. Toutefois, la recherche a montré que le soutien parental est un facteur de protection de la santé mentale des jeunes de la diversité de genre, réduisant la dépression, l'automutilation et la suicidalité. Inversement, le rejet de l'identité de l'enfant ou le manque d'acceptation peut être très préjudiciable à l'enfant. Dans certains cas, cela peut même être un facteur de détransition parce que le/la jeune ne peut pas exprimer librement son genre ou est découragé·e de le faire. Dans la recherche sur les discours (dé)trans, plusieurs participant·e·s ont mentionné avoir été confronté·e·s à des difficultés en raison d'un manque de soutien, ce qui a parfois contribué à leur parcours de détransition.De)trans Discourses et Re/DeTrans n'a mentionné regretter d'avoir été soutenu·e par ses parents pendant sa transition. Canada Dans l'étude de Re/DeTrans Canada, une participante qui regrettait sa transition a dit qu'elle ne blâmait pas sa mère parce que celle-ci suivait les conseils du médecin.

Soutenir un·e être cher·e pendant sa transition était probablement la meilleure chose à faire avec l'information dont vous disposiez à ce moment-là, car vous lui avez fait savoir qu'iel pouvait être ellui-même avec vous en toute sécurité et qu'iel pouvait vous faire confiance.

Si l'un·e de vos proches envisage ou a déjà entamé une détransition, il est important de continuer à le/la soutenir dans ce processus et de lui permettre d'évoluer par rapport à son ancienne identité. La détransition peut être une période très éprouvante, et s'accompagne de difficultés supplémentaires, notamment en raison de la perte éventuelle d'ami·e·s ou de communauté, et de la stigmatisation liée à la détransition. La détransition peut également s'accompagner de sentiments de honte ou de culpabilité, ce qui conduit parfois les personnes à ne pas révéler leur détransition à leurs proches, notamment par crainte de renforcer l'idée que leur transition n'était qu'une « phase ». C'est pourquoi il est important que la famille et les ami·e·s fassent preuve d'un soutien continu même pendant la détransition, sans invalider les identités passées et en embrassant les nouvelles identités.

Que puis-je faire pour le/la soutenir dans sa détransition ?

La recherche sur la détransition étant très récente, on sait peu de choses sur les moyens les plus efficaces de soutenir quelqu'un pendant sa détransition. Cependant, certaines recherches peuvent mettre en évidence des besoins au sein de la communauté des personnes détrans, ainsi que des éléments à prendre en compte.

Les projets (De)trans Discourses et Re/DeTrans at Canada ont souligné que les participant·e·s pouvaient être confronté·e·s à des sentiments difficiles pendant la détransition, tels que le chagrin et le regret de leur corps d'avant la transition, la « dysphorie inversée » causée par les effets de la transition sur le corps, les sentiments de honte, de culpabilité, de confusion, d'anxiété, de solitude, d'inquiétude pour l'avenir. Iels peuvent également être ambivalent·e·s par rapport à leur transition et ressentir de la nostalgie par rapport à leur transition ou être confronté·e·s au retour de problèmes passés comme la dysphorie, les troubles alimentaires ou la dépression que la transition avait permis d'atténuer. Le fait de bénéficier d'un soutien social et émotionnel pendant cette période peut s'avérer précieux pour les personnes en détransition.

Il existe des risques spécifiques d'aliénation sociale signalés par les personnes en détransition. La détransphobie est un terme qui explique la discrimination et les préjugés subis par les personnes qui détransitionnent ou interrompent une transition. Le projet Re/DeTrans Canada a mis en évidence la façon dont les stéréotypes sur la détransition, tels que l’idée d'être des "transtrenders" (autrement dit, des personnes qui transitionnent dans le but d’attirer l’attention), invalident les expériences trans passées des personnes. Les groupes anti-trans et critiques à l'égard du genre se concentrent souvent de manière disproportionnée sur les expériences de détransition afin de délégitimer les personnes trans et non-binaires. De ce fait, les personnes en détransition sont souvent considérées comme anti-trans, ce qui peut les aliéner de la communauté trans où elles trouvaient auparavant du soutien. En outre, il existe très peu de groupes de soutien pour les personnes en détransition, en particulier parmi les organismes LGBTQ+.

En règle générale, une bonne approche consiste à communiquer avec votre proche, à avoir un dialogue ouvert et sans jugement s'iel ressent le besoin de se confier à vous, à explorer avec ellui ce qu'iel ressent et à lui demander quels sont ses besoins ou comment vous pouvez le/la soutenir au mieux. Il se peut qu'iel soit confronté·e à des sentiments tels que les doutes, les inquiétudes, le chagrin, la perte, l'incertitude. Accueillez ces sentiments, laissez-le/la exprimer ses émotions et soyez présent·e. Vous pouvez offrir une écoute active en le/la laissant mener la conversation, en reflétant ce qu'iel vous dit (en utilisant un langage similaire), en reconnaissant ses sentiments et en exprimant de la compréhension et de l'empathie. Voici un exemple :

A : J'ai l'impression que je ne serai plus jamais la même et je suis si triste. J'ai l'impression de faire le deuil du corps que j'avais et je ne sais pas comment accepter mon nouveau corps.

B : J'entends que tu ressens beaucoup de tristesse et de chagrin et que tu ne sais pas comment t’accepter. Ton corps a changé de façon permanente. Il est tout à fait compréhensible de ressentir de la tristesse et du chagrin. La perte s'accompagne souvent d'un chagrin ou d'un deuil, et cela peut prendre du temps. L'acceptation de ton corps sera un processus. Y a-t-il des choses qui pourraient t’aider dans ce processus ?"

Vous pouvez l’aider à se sentir validé·e dans son identité actuelle en utilisant le prénom et les pronoms de son choix et en étant ouvert·e à ce que cette identité évolue à nouveau au fil du temps. Faites-lui savoir qu'il est normal d'avoir des doutes ou de changer d'avis et que vous serez toujours présent·e s'iel change à nouveau d'avis à l'avenir. Faites confiance à sa capacité à prendre des décisions pour ellui-même, sans porter de jugement ni invalider ses décisions passées. Veillez également à ne pas manifester un enthousiasme excessif à l'égard de sa décision de détransition, ce qui pourrait donner l'impression que sa transition était une erreur.

Vous pouvez vous informer et lui proposer des ressources sur la détransition s'iel le souhaite. Si vous êtes parent, votre enfant aura peut-être besoin de votre aide pour accéder à certaines ressources : de l’informations, un accès à des soignant·e·s, des thérapeutes ou des conseiller·e·s, l’achat de nouveaux vêtements ou d'accessoires de genre s'iel change d'expression de genre, l’accompagner à un groupe de soutien, présenter des modèles inspirants. Mais n'imposez pas de ressources s'iel n'en ressent pas le besoin.

Enfin, n'oubliez pas de vous ressourcer. Le fait d'avoir un enfant ou un·e proche qui détransitionne peut vous affecter. Il est important de trouver du soutien pour vous-même et de faire face à vos sentiments, ce qui vous aidera à soutenir votre proche.

Je suis trans et la détransition de mon ami me fait réagir

Si vous êtes trans ou si vous êtes dans un processus de transition, le fait d'avoir un·e ami·e qui se détransitionne peut être un déclencheur et être émotionnellement difficile pour vous. Cela peut faire remonter à la surface vos propres doutes, vos inquiétudes quant à l'invalidation de votre identité et de votre transition par d'autres personnes, et peut-être même vos craintes de regrets futurs. Si c'est le cas, n'hésitez pas à chercher du soutien. Le fait de ressentir beaucoup d'émotions négatives à propos de la détransition de quelqu'un d'autre peut être le signe d'insécurités ou de sentiments non traités en vous-même qu'il vous serait utile d'explorer avec un·e professionnel·le de la santé.

N'hésitez pas à faire part à votre ami·e de vos propres sentiments difficiles et n'hésitez pas à lui demander un peu de temps pour les assimiler. N'oubliez pas que le fait de soutenir sa décision est une façon de l'aider à explorer son identité de genre et que toutes les identités de genre sont valables. Même si vous avez du mal à faire le deuil de l'identité passée de votre ami, il est très probable que votre ami qui détransitionne ait besoin de votre soutien et de votre compassion.

En tant que parent, j'ai peur d'être jugé·e si mon enfant détransitionne

À notre connaissance, aucune étude n'a porté sur les parents de personnes en détransition, mais nous savons que les parents qui soutiennent leur enfant transgenre peuvent être confrontés à des difficultés telles que la peur de prendre la mauvaise décision, un sentiment de deuil, l'isolement, un manque de soutien ou d'acceptation de la part de leur entourage. Comme les jeunes détrans sont confronté·e·s à des préjugés négatifs tels que l'idée qu'iels n'étaient que des « transtrenders » ou qu'iels sont « mutilé·e·s », les parents peuvent probablement être confrontés aux mêmes préjugés détransphobes et être pointés du doigt pour avoir soutenu leur enfant dans son « erreur ». Cependant, il est important de se rappeler que, comme mentionné précédemment, le soutien parental est important pour le bien-être des jeunes. Si votre enfant décide qu'iel n'est pas transgenre, ce n'est probablement pas parce que vous avez fait une erreur en le/la soutenant. Mais vous devez toujours garder l'esprit ouvert au fait que nous évoluons toustes au fur et à mesure que nous grandissons, en particulier les jeunes. Si vous avez l'impression que la détransition de votre enfant vous affecte (et que cela affecte peut-être à son tour votre enfant), n'hésitez pas à demander l'aide d'un·e professionnel·le de la santé.

Si vous avez l'impression que la détransition de votre enfant vous affecte (et que cela affecte peut-être à son tour votre enfant), n'hésitez pas à demander l'aide d'un·e professionnel·le de la santé.

Détrans Info by Kinnon R. MacKinnon, Annie Pullen Sansfaçon, Hannah Kia, June H.S. Lam, Lori E. Ross, Mélanie Millette, Florence A. Paré, Wren A. Gould, Olivier Turbide, Morgane Gelly is licensed under CC BY-NC-ND 4.0

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